Catégorie : Interviews

Les artisans et le numérique

Le 7 février 2017, par Claire Goutines

Chargée de développement économique à la CMAI33, Chambre de Métiers et de l’Artisanat interdépartementale section Gironde, Solène di Paolo mène des actions de sensibilisation au numérique auprès des artisans. Elle est aux premières loges pour analyser les besoins spécifiques de ces professionnels.

Propos recueillis par Claire Goutines

Quel est votre public et comment l’approchez-vous ?
Solène di Paolo : Il y a 35 000 artisans recensés en Gironde. Pour les contacter, nous nous rapprochons des acteurs locaux : mairies, associations, clubs d’entreprises… La volonté de la CMAI est d’être présente sur tous les territoires du département.

Quels sont vos formats d’intervention ?
S.dP. Au départ, j’organise des ateliers collectifs de 3h30 sur différentes thématiques liées au numérique : « être visible sur internet avec ou sans site », « fidéliser sa clientèle grâce au web », « être présent sur les réseaux sociaux », « collecter des données et gérer un fichier clients », etc. Nous repérons les sujets qui les intéressent grâce à un questionnaire distribué en fin d’atelier, ce qui nous permet d’orienter les thématiques pour les ateliers suivants. Lors de ces séances, je fais des démonstrations et surtout, je re-contextualise en leur montrant des exemples d’artisans locaux. C’est très parlant pour eux. J’en profite aussi pour leur parler CNIL, protection ou sauvegarde des données ! Ensuite, s’ils veulent aller plus loin, ils ont droit à ½ journée d’accompagnement individuel, pris en charge par leur fonds de formation. C’est une vraie attente : nos prévisions étaient de 2 demandes d’accompagnement individuel en moyenne après chaque atelier collectif… nous en sommes à 6 environ !

Justement, quelles sont leurs attentes prioritaires ?
S.dP. Comme tout le monde, ils entendent beaucoup de choses et ne savent pas comment démarrer. C’est une population qui a déjà de fortes contraintes administratives et un manque de temps évident. J’en vois beaucoup qui démarrent, laissent tomber puis reviennent au bout d’un an car la volonté de s’y mettre est bien présente. Ce qu’ils cherchent avant tout, c’est la visibilité. Avec un site mais surtout avec Facebook, qu’ils utilisent plus facilement. Certains font même des campagnes payantes sur Facebook, qu’ils trouvent plus simple que Google Adwords.

Y a-t-il des catégories d’artisans différentes par rapport au numérique ?
S.dP. Déjà il y a de vraies sucess stories, notamment chez les métiers de bouche et chez les femmes créatrices de bijoux, de mode. Elles viennent souvent de l’univers graphique et se débrouillent très bien sur internet. Certaines ne vendent que via Instragram ! Ensuite je distingue les « vieux » artisans, qui ont une formation poussée dans leur métier mais ont peur du numérique. Peur de se tromper et que tout soit effacé. Et les plus jeunes, qui viennent d’autres horizons professionnels, souvent éloignés de l’artisanat mais qui n’ont aucune réticence pour cliquer et se servir d’une souris ! Enfin, certains sont très connectés à titre personnel mais ne savent pas le transposer à leur activité professionnelle.

Vous parlez de leur manque de temps. Comment peuvent-ils gérer leur e-visibilité ?
S.dP. Ils comprennent assez vite qu’ils ne pourront pas tout faire et me demande de les orienter vers des prestataires informatiques ou spécialisés dans la création de site. Ils n’en sont pas encore à payer un rédacteur pour leurs contenus ou un community manager. Je les aide à rédiger un brief pour bien exprimer leur besoin, taper les bons mots-clés dans Google pour trouver leur prestataire et écrire le cahier des charges de leur site. Je suis également là pour décrypter les devis qu’ils reçoivent et voir si cela correspond bien à leurs attentes. Je n’ai pas le droit de recommander des prestataires mais je peux faire passer leur annonce sur le portail d’Aquinum par exemple.

Parlons d’Aquinum en effet : vous venez d’être élue au conseil d’administration. Pouvez-vous nous présenter l’association ?
S.dP. Aquinum regroupe environ 450 professionnels du numérique, principalement sur la Gironde : développeurs, rédacteurs, graphistes, consultants, vidéastes, programmateurs, community manager, formateurs, ergonomes, spécialistes du référencement, etc. L’association organise de nombreux événements, des rencontres entre adhérents autour de thématiques liées aux évolutions du numérique. Aquinum intervient également auprès des institutionnels pour promouvoir le secteur économique lié au numérique. Et les adhérents ont accès à un portail avec un forum, des annonces d’offres d’emploi et de stages, des questions, etc.

Le 7 février 2017, par Claire Goutines dans la catégorie Interviews